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Bien
que proche de Paris, Meudon n’est
pas une banlieue comme les autres
mais une ville à part
entière et ses habitants
ressentent fortement cette
particularité. Est-ce sa
situation géographique,
son histoire, sa physionomie ? Je
ne sais, mais Meudon revendique
son statut de Cité
à part entière et
cultive un certain chauvinisme de
clocher. Quand il arrive à
Meudon, le promeneur le plus
enthousiaste est bientôt
essoufflé. Il a l’impression
de monter continuellement des
pentes plus ou moins abruptes et
l’impression devient vite
une réalité.
Agréable
conséquence de cette
spécificité
topographique, Meudon offre des
vues exceptionnelles. Du haut des
coteaux, on découvre la
vallée de la Seine, Paris
à l’horizon, le
Sacré-Cœur par temps
clair, la tour Eiffel au bout d’une
rue, le Mont Valérien, la
plaine de Grenelle, Saint-Cloud,
Boulogne…
Déjà les rois de
France admiraient ces panoramas
qui font encore l’émerveillement
des Meudonnais quand les matins d’été,
le soleil se lève sur la
capitale.
Le
souffle court, le nouvel arrivant
cherche le « centre-ville
» pour étancher sa
soif et reposer ses mollets au
traditionnel café qui
trône habituellement entre
la mairie, la poste et la rue
commerçante. En vain
!
Meudon
n’a pas de centre-ville ou,
du moins pas de centre unique
mais six cœurs qui battent
simultanément dans chacun
de ses six quartiers. L’Histoire
explique cette
particularité.
Autour
du petit bourg d’origine
et de son église
paroissiale, se sont
rassemblés, à la
Révolution, les villages
de Fleury et du Val. Au
début du XIXe
siècle, le quartier de
Bellevue est né sur l’emplacement
du château construit en
1750 pour la marquise de
Pompadour. Le Bas-Meudon s’est
développé avec l’essor
des manufactures et a rejoint,
lui aussi, le giron communal.
Enfin, au milieu du XXe
siècle, les champs de
blé du plateau de
Villacoublay ont fait place au
nouveau quartier de
Meudon-la-Forêt. Six
quartiers, six villages, avec
leurs physionomies
particulières, leurs
habitudes et leurs populations
spécifiques sont aujourd’hui
réunis sous le blason
jaune et or de Meudon.
L’église
Saint-Martin dont François
Rabelais fut un jour le
curé est, avec la place
Rabelais, la Maison d’Armande
Béjart, le Centre d’Art
et de Culture, la mairie et le
Monoprix, la figure marquante du
quartier baptisé «
Meudon-Centre ». De part et
d’autre de la rue de la
République dont les
immeubles « bourgeois »
portent fièrement la
marque du XIXe siècle, s’ouvrent
de petites rues calmes
bordées de maisons basses
aux jardins soignés.
Parfois, un sentier aux senteurs
de fleurs serpente
secrètement entre les
arbres. Quelques constructions
contemporaines rappellent ici et
là que le temps a
passé depuis que les
fiacres ont laissé place
aux automobiles. Le quartier
ronronne comme un chat paresseux
à l’ombre
majestueuse des murs imposants
que jadis Abel Servien fit
édifier pour doter son
château d’une
terrasse à la vue
grandiose.
En
suivant l’avenue du
Château tracée par
André le Nostre pour
desservir le château du
marquis de Louvois, on arrive
vite aux limites du quartier de
Bellevue. De belles demeures
laissent deviner des parcs
verdoyants qui voisinent avec
quelques ensembles d’immeubles
contemporains aux lignes sobres
et élégantes.
Près du marché
couvert, non loin de l’église
de l’Assomption,
fleurissent des commerces cossus
qui proposent le
nécessaire à une
vie quotidienne confortable. Ici
vécurent un moment Richard
Wagner, Isadora Duncan, Antoine
Bourdelle, André Bloc, ici
les Capucins
édifièrent une
abbaye, ici la marquise de
Pompadour tenta de distraire son
royal amant et, le long de la
route des Gardes, les filles de
Louis XV jouèrent à
la bergère dans un Hameau
de fantaisie.
L’esprit
curieux et l’œil aux
aguets, il est tentant de
dévaler le petit chemin
qui plonge vers la Seine en
longeant les bâtiments
disgracieux du CNRS. Là,
le paysage change. Le long du
bras-mort de la Seine, des
péniches sont
amarrées pour un dernier
voyage immobile. Les herbes
folles du chemin de halage
rappellent l’époque
où les Parisiens
accostaient là avant de
rejoindre les bois de Meudon par
le Funiculaire et par certains
froids matins de brume, on s’attend
à voir apparaître au
détour d’une
péniche, le commissaire
Maigret, la pipe vissée au
coin de la bouche. Mais le fracas
de la circulation rappelle vite
à la
réalité.
Apparaissent alors les grues, les
échafaudages, les
immeubles qui sortent de terre et
lancent vers le ciel leurs
architectures audacieuses et
transparentes. Les bords de Seine
sont en pleine mutation. La
disparition des usines Renault et
la fermeture de nombreuses
entreprises ont
profondément
modifié la physionomie et
la sociologie du quartier.
Même son nom a
changé, le Bas-Meudon n’existe
plus et dans la
fébrilité des
chantiers, se prépare le
nouveau visage de Meudon sur
Seine.
A
quelques pas de là, non
loin de l’imposant viaduc
qui enjambe la vallée, se
cache un paisible quartier de
vignerons, de blanchisseurs et de
carriers. Le Val semble hors du
temps avec sa petite place
campagnarde et ses rues
tortueuses. Anachroniques et
charmantes, ses maisons
biscornues et son lavoir
désuet cultivent la
nostalgie. Mais les ouvriers ont
depuis longtemps
déserté ces parages
et le quartier du Val respire l’aisance
derrière ses
façades
rénovées.
Pour
monter jusqu’au sommet du
coteau et découvrir le
quartier de Fleury, il faut
peiner un peu car la pente est
rude mais la récompense
est à la hauteur de l’effort.
La Villa des Brillants où
vécut le sculpteur Auguste
Rodin, les hautes bâtisses
néo-gothiques de l’Orphelinat
devenu aujourd’hui «
Le village éducatif
Saint-Philippe » , les
petites maisons de pierre
meulière autour de l’école
Paul-Bert, le parc Paumier, la
demeure du peintre Redouté
et la maison colorée comme
un tableau de Mondrian de
Théo Van Doesburg,
enchantent le curieux et font la
renommée de Fleury. Du
parc Paumier ou de la terrasse de
Saint-Philippe, la vue est
immense et embrasse la
totalité de
Meudon.
Pour
atteindre l’ultime quartier
de Meudon, il faut traverser
plusieurs kilomètres de
forêt. Heureusement, le
parcours est jalonné d’heureuses
rencontres : le Hangar Y,
vénérable
bâtisse de fer et de verre
d’où s’envola
le dirigeable « La France
» pour un vol historique en
circuit fermé, le 9
août 1884, le Tapis Vert,
aboutissement de la Grande
Perspective du château de
Meudon et, finalement
Meudon-la-Forêt, la
cité nouvelle
édifiée en partie
par l’architecte Fernand
Pouillon à partir de 1960.
Ici, comparé à
Meudon, tout est grand, haut et
ouvert. Bien que
régulièrement
alignés, les immeubles se
succèdent sans monotonie,
et les nombreux espaces verts
sont propices aux jeux des
enfants. De vastes pièces
d’eau charment le regard,
on pense à Sèvres
et au Grand Siècle
rejoignant ainsi les rêves
de l’architecte.
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